Long métrage de Romain Goupil (Genre : Comédie dramatique) - 1h30.

Produit par France 3 Cinéma, Studio Canal et les Films du losange.

Sortie en France : 01/09/1999.


SYNOPSIS :

Thomas (Romain Goupil) a quarante-sept ans. Il court d'hôpitaux en cimetières pour réconforter les uns et ensevelir les autres. La mort a encore et toujours de l'imagination et du tonus. Mais Thomas pense que la vie a beau être une garce impitoyable, elle reste d'abord la source de plaisirs magnifiques et délicieux.

PRODUCTION :

Production Margaret Ménégoz.


Réalisateur : Romain Goupil - Scénariste : Romain Goupi  - Directeur de la photo : Willy Lubtchansky

Compositeur : Belkacem Areski - Monteur : Isabelle Devinck.


ACTEURS / ACTRICES :

. Romain Goupil (Thomas)

. Brigitte Catillon (Véronique)

. Marianne Denicourt (Hermeline)

. Anne Alvaro (Florence)

. Christine Murillo (Rosalie)

. Dominique Frot (Agnès)

. Brigitte Roüan (Josiane)

. DANI (Cécile)

. Nosha Khouadra (Chiara)

. Brigitte Fontaine (Viviane)

. Olivier Martin (Le gros)

. Alain Cyroulnik (Nicolas)

. Jacques Nolot (Michel)

. Bernard Bloch (Bernard)

. Pascal Elso (Fenec)

. Marcel Bozonnet (Gérard)

. Jacques Higelin (L'accordéoniste)

. Tonie Marshall

. Daniel Cohn-Bendit

. André Glucksmann


PRESSE :


Par Jean-Claude Loiseau

Où va-t-il, Goupil ? Dans une ouverture en trois scènes, trois mouvements, hétéroclites, il annonce une escapade à l'issue imprévisible. Première scène. Un cimetière sous la pluie. Images au ralenti. Tristesse feutrée. Autour de la fosse, on s'embrasse, on s'étreint. Visages connus (Cohn-Bendit, Glucksmann...) ou non. Sur le cercueil, une couronne de fleurs ceinte d'un ruban « Révolution ». Des roses rouges. Un poing levé, Goupil déclare : « Mort à la mort ! » Deuxième scène. Une estrade de meeting, sous une banderole des « Militants anonymes ». Ambiance décalée, à la fois onirique et burlesque. Guérir du militantisme, c'est une rude lutte de tous les instants, disent l'un après l'autre les vieux drogués de la manif ; parmi eux, Goupil, hagard, en bave, ça se voit. Troisième scène. Une chambre à coucher dans la pénombre. Goupil, au lit avec une femme, fait le pitre, zizi au vent, et lâche des sentences de vaudeville sur la vie, l'amour, le désir et tout le toutim... L'ironie, déjà, affleure. Une espèce de fantaisie insolite émerge. Le cinéaste de Mourir à 30 ans et de Lettre pour L., ces beaux films qui faisaient de manière très intense et très inventive l'autoportrait d'une génération, tirerait-il un trait sur ses engagements passés ? Un film pour solde de tout compte, en somme ? Ce qui ennuie Thomas, le personnage que le cinéaste incarne lui-même à l'écran, son double de fiction, c'est la nostalgie plombée et les remords pesants. S'il continue de s'engager, de militer au quotidien, c'est contre les certitudes, les dogmes, les idées trop rabâchées pour être honnêtes. Et l'ennui sous toutes ses formes. Surtout l'ennui, dirait-on. Thomas est éditeur parce qu'il lit des manuscrits quand il n'a rien de mieux à faire. Mais il a souvent mieux à faire. Thomas pratique le dilettantisme avec persévérance. Et la tanière bordélique qui lui sert de bureau est surtout le refuge du dernier carré de ses fidèles copines, avec qui il a milité, qui furent toutes un peu ses maîtresses jadis, qui ont vieilli comme lui, mais le vivent beaucoup moins bien que lui... Il n'y a pas de ressort dramatique dans A mort la mort ! sauf... la mort, justement, qui frappe avec une redoutable régularité les amis de toujours. Le film est ponctué de ces retrouvailles répétées au cimetière, où chacun vient aussi vérifier qu'il est encore vivant... Si Thomas en est sincèrement affecté, il a plus que quiconque l'art de rebondir. Il fuit le sentimentalisme. Il refuse l'accablement. Jusqu'à la désinvolture, qu'il pratique pour la beauté du geste, ou pour ne pas pleurer, allez savoir... Depuis toujours, il semble que son salut passe par les femmes. Qu'il drague, qu'il trompe, qu'il séduit, mais qui occupent sa vie, la rythment, anciennes et nouvelles conquêtes mêlées en une fidèle garde rapprochée... Entre narcissisme et autodérision, deux penchants naturels également revendiqués par Thomas et très bien cernés par Romain Goupil, le cinéaste brosse un (auto ?)portrait tout en mouvements « tremblés », en digressions, en incidentes, en approximations. Il est jongleur, il est funambule, Thomas, il ment et se ment, il s'empêtre dans des sentiments contradictoires. Il est tout en ruptures de tons. Et dans cette histoire habilement déstructurée, Goupil, qui n'a cessé de fuir les modes de narration trop bien huilés, trop prévisibles, trop linéaires, démontre une fois de plus sa réelle aisance à confronter, au moment où on s'y attend le moins, gravité et futilité. Le cinéma, chez Romain Goupil, s'éclate, dans tous les sens du terme. Le coq-à-l'âne et le télescopage sont des figures de style qui produisent leur effet. Ou pas. Dans A mort la mort !, il paraît normal au cinéaste de faire apparaître des anges vieillissants dans une scène d'amour : l'effet vire à la loufoquerie potache. Ou de décliner en un clip bricolé vite fait bien fait toutes les images que lui suggère l'expression « vouloir le beurre et l'argent du beurre » : imparable. Il est recommandé de ne pas prendre A mort la mort ! plus au sérieux que son auteur ne le fait. Romain Goupil a décidé de nous balader en toute liberté dans son histoire, qui est aussi celle d'une génération. On peut faire un bout de chemin avec lui : ils ne sont pas nombreux les « anciens combattants » ­ et notamment ceux de 68 ­ qui arrivent à se tenir avec autant de naturel à distance de la légende qu'ils ont contribué à forger...

Jean-Claude Loiseau

A mort la mort