Long métrage de Pierre Pinaud (Genre : comédie dramatique) - 1h29.

Diaphana Distribution.

Sortie en France : 11/01/2012.

Festival de films francophones cinémania : Prix du public TFO pour le meilleur premier long-métrage Pierre Pinaud.


SYNOPSIS :

Claire Martin est animatrice de radio sous le pseudonyme de « Mélina ». La nuit, à l’antenne, elle dialogue avec les auditeurs au sujet de leurs problèmes affectifs et sexuels. Si sa voix est célèbre, personne ne connaît son visage.Vivant dans une certaine solitude, elle décide un jour de partir à la recherche de sa mère qui l’a abandonnée dans son enfance et qu’elle n’a donc jamais connue. Elle découvre que celle-ci, de milieu modeste, vit en banlieue au sein d’une famille nombreuse. L’animatrice décide de faire incognito la connaissance de sa mère. Une relation de séduction imprévue se développe entre Mélina et Lucas, le petit-fils par alliance de sa mère.

PRODUCTION :

Productrice : Stéphanie Carreras.


Réalisation : Pierre Pinaud - Scénario : Pierre Pinaud - Photographie : Guillaume Deffontaines

Musique : Maïdi Roth - Son : Lucien Balibar - Montage : Valérie Deseine et Nathalie Hubert

Costumes : Elisabeth Tavernier - Décors : Marie Cheminal.


ACTEURS / ACTRICES :


. Karin Viard (Mélina / Claire Martin)

. Nicolas Duvauchelle (Lucas)

. Nadia Barentin (Joëlle Goulain)

. Catherine Hosmalin (Ingrid Goulain, la mère de Lucas)

. Patrick Fierry (André, collègue de Mélina)

. François Bureloup (Bernard Goulain, le fils de Joëlle, mari d'Ingrid)

. DANI (Barka)

. Jean-Noël Brouté (Bertrand, collègue de Mélina)

. Elise Otzenberger (Julie GoulainElise)

. Adèle Bonduelle (Amélie Goulain)

. Ariane Pirié (Ania)

. Hubert Saint-Macary (Le directeur de "Radio France")

. Ian Turiak (Le serveur d'un café chic)



PRESSE :


Critique lors de la sortie en salle le 11/01/2012

Par Guillemette Odicino

Elle a l'air tellement sûre d'elle, Mélina, cette animatrice radio vedette, quand elle confesse ses auditeurs, toutes les nuits, sans tabou. Personne ne connaît le visage de cette star de l'ombre à la voix de velours. Il n'y a que son équipe pour savoir à quel point, en réalité, elle est glacée, avec son chignon et ses tailleurs de blonde hitchcockienne.

C'est bien connu, quand on écoute les autres, c'est pour éviter de parler de soi... Quand cette femme parfaite rentre dans son grand appartement chic, elle s'enferme dans un placard, comme la petite fille abandonnée qu'elle est restée. Claire, c'est son vrai prénom, n'a jamais connu sa mère. Soudain, à 40 ans, elle décide de la retrouver...

Après Les Miettes, son court métrage muet (et césarisé), Pierre Pinaud passe au long avec ce portrait de femme qui s'est construit un personnage. Une femme de fiction, en quelque sorte, qui part à la rencontre du réel. Ce pourrait être un drame, mais le réalisateur tire cette tentative de renaissance affective vers le loufoque : imaginez Grace Kelly se découvrant soudain une mère gouailleuse et sans remords... Même la violence est gagnée par le burlesque, comme dans la scène de l'hôpital où Claire est prise d'un accès de fureur meurtrière... Sans Karin Viard, ce choc de deux mondes perdrait de sa saveur : elle est épatante en clown blanc tiré à quatre épingles, pompes Louboutin et gants noirs (toucher la vraie vie, quelle horreur !), propulsée dans une banlieue où l'on parle et où l'on existe fort. Jolie idée, surtout, que cette fin, ouverte et sans paroles : pas un happy end gnangnan, juste l'espoir que le masque de Claire est définitivement tombé.


Mélina est une célèbre voix de la radio, où elle accueille nuitamment, avec chaleur et empathie, les confidences intimes de ses auditeurs. Cette femme, interprétée par Karin Viard, se révèle hors du studio, une personne froide, hautaine, entretenant une véritable phobie des contacts, qui vit seule avec son chien. C'est qu'elle cache au plus profond d'elle-même, discrète ironie du film, une souffrance non moins intime : Mélina a été abandonnée dans sa prime jeunesse par sa mère.

Cette part cachée de celle qui accouche professionnellement les confidences d'autrui est le sujet du film qui va accompagner, par une progression à très petites touches, la quête identitaire de son héroïne. Un double mouvement la caractérise. Celui des retrouvailles différées de Mélina avec sa mère, une femme d'origine modeste, vivant en banlieue, dont elle gagne l'amitié sans oser se découvrir. Et celui de la relation de séduction, tortueuse, qui s'instaure entre Lucas (Nicolas Duvauchelle), le petit-fils par alliance de sa mère, et Mélina.

En matière de subtilité psychologique et de descente dans les profondeurs de l'inconscient, le film relève, hélas, davantage de la ligne ouverte que de la cure psychanalytique. Les acteurs, pas davantage que les spectateurs, ne semblent par ailleurs pas entièrement convaincus de l'intérêt de leurs personnages.

Une certaine hésitation enfin, à moins qu'il ne s'agisse d'un brouillage délibéré, dans le traitement du sujet, transforme le film en une sorte de mélo humoristique, catégorie délicate à manier, et qui n'est pas négociée au mieux ici.


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En dehors de la présence d’un petit chien qui rappellera Tintin ou The Artist, et de quelques scènes de rapprochement bourgeois-prolos qui feront penser à la touche Intouchables, Parlez-moi de vous est un film plutôt singulier.

Imaginant la vie intime d’un personnage à la Macha Béranger, Pierre Pinaud transforme une présentatrice radiophonique névrosée en fantasme hitchcockien et une quête existentielle en thriller d’espionnage.

Voix célèbre d’un talk-show nocturne pour âmes esseulées, percluse de phobies diverses, Mélina porte un lourd passé : enfant, elle a été abandonnée par sa mère. Quarante ans plus tard, elle retrouve cette dernière (excellente Nadia Barentin, décédée après le tournage), retraitée, travailleuse bénévole pour une association de quartier. Mélina s’approche, incognito.

Mis en scène avec beaucoup de minutie, ce premier film de Pierre Pinaud n’est pas sans défauts, à commencer par celui de tenir trop longtemps sur l’unique corde d’un faux suspense : à quel moment Mélina va-t-elle faire savoir à sa mère qu’elle est sa fille et comment cette dernière réagira-t-elle ?

Pas désagréable à suivre, le film prend toute sa consistance en son dernier tiers, quand les retrouvailles surviennent, donnant lieu à des scènes vraiment saisissantes, loin du pathos attendu.

Mais Parlez-moi de vous est surtout un beau portrait de femme, doublé bien sûr d’un portrait d’actrice.

Il est manifeste à chaque plan tracé au cordeau que Pierre Pinaud a filmé Karin Viard avec beaucoup de désir cinéphile et d’admiration (sans doute s’est-il un peu identifié au jeune amoureux joué par Nicolas Duvauchelle), faisant d’elle une descendante de Kim Novak et de Tippi Hedren.

Et l’actrice renvoie bien la balle : techniquement aussi juste qu’à l’accoutumée, elle a en revanche rarement été aussi magnifiée par une caméra.


Parlez-moi de vous